Reprenons les choses au début de l’histoire…

Timinion était donc attendu le 24 avril au maximum. Et le 24 personne.

Le 18, j’aurais bien aimé accoucher, ça aurait été rigolo pour le premier anniversaire de Naïm.

Le 19, j’aurais bien aimé accoucher, pour les anniversaires de mon mari et de mon amie. J’y ai presque cru. Le matin perte du bouchon muqueux, je me suis dit que ça travaillait un peu. J’avais eu pas mal de contractions la veille dans la soirée. J’ai espéré. Mais non.

Le 22, premier rendez-vous à l’hôpital pour visite de terme.

Le 24, deuxième rendez-vous à l’hôpital pour visite de dépassement de terme. Ils m’ont mis la pression. J’aurais bien aimé accoucher pour les 10 ans de Hina.
Heureusement la journée fut bien chargée et je n’y ai pas trop pensé.
Au fil de la journée j’ai eu quelques contractions, comme les jours précédents. Quand on était à Royal Kid j’en ai enchainé quelques unes, mais rien de bien sérieux.
En rentrant à là maison, je perd quelques chose, ça ressemble un peu au bouchon muqueux, mais un peu plus liquide. Je ne me fais pas de films, je n’y crois plus de toutes façons.
On mange, je sens un peu plus les quelques contractions, il est 22h quand je me prend à espérer. Je commence à avoir besoin de m’étirer, de me pencher en avant quand elles arrivent. Je dois être debout. Claire est toujours là, elle m’observe.
A 23h je vais aux toilettes, je me vide. J’y reste un moment, environ un quart d’heure, et j’ai enchainé trois contractions. Je souffle, me tend, me penche… Ça pique un peu quand même… Je commence à prendre les granules prescrit par la sage-femme.
Claire propose de déposer les filles chez maman en partant. J’accepte, j’appelle maman pour la prévenir. Elle venait de se coucher. Pas de problème, elle les attend.
Les filles partent, je les sens inquiètes, impatientes… Claire est toute émue et me fait pleurer en me serrant dans ses bras avant de partir. Elle me glisse à l’oreille de ne pas oublier de souffler, j’ai tendance à bloquer ma respiration. Elle dit aussi que je devrais partir à la maternité.
Pour moi c’est bien trop tôt, les choses commencent à peine. Je ne veux pas arriver trop tôt et attendre des heures que le travail se fasse. La naissance de Jaya m’a bien refroidie. On m’avait mise en garde sur un accouchement rapide tout du long de ma grossesse, et ça n’a pas été le cas. Donc cette fois-ci je suis parée, je sais qu’un accouchement prend du temps.
Donc je vais sous la douche, ça me fera certainement du bien. Patrice me fait les points d’accupression  que la sage-femme nous a montré, dans le bas du dos. Ça me fait vraiment du bien, ça me soulage. Je me suspend à la douche, l’eau qui coule sur mon ventre me fait du bien, les pressions de Patrice me soulagent le dos. Entre les contractions on parle, je baille fatiguée de cette journée marathon… Je me dis que je vais avoir bien du mal  à tenir et à trouver l’énergie nécessaire pour affronter les prochaines heures qui s’annoncent longues. Patrice fini par me dire qu’il a peur que j’accouche ici, il veut qu’on parte maintenant. Je fini par le suivre, j’étais si bien là..
Apparemment les contractions se sont rapprochées et sont maintenant toutes les 3 minutes. Je ne suis pourtant pas restée si longtemps dans la douche. D’après chéri un quart d’heure, vingt minutes maximum.
Il pleut dehors, il y a de l’orage.
La voiture est une horreur ! Je suis assise, Patrice ne peut plus soulager mon dos. Je ne peux pas non plus me tendre ni me pencher en avant comme je le faisais avant. Il s’arrête à chaque contraction, les mouvements de la voiture amplifient la douleur. Je fini par me mettre à genoux sur le siège, mais la contraction qui suit est super forte, j’attrape le bras de Patrice, je sers ! Je sens qu’il ne faut pas que je reste ainsi, c’est un coup à accoucher dans la voiture.
Je me rassois.
Je souffle toujours, je pense à Claire qui m’a dit de ne pas bloquer. Je ne bloque pas.
Je pense à la sage-femme qui nous a dit de ne pas anticiper la douleur. Je n’anticipe pas.
Je pense à la sage-femme qui nous a dit de se détendre avant la fin de la contraction, quand la douleur commence à redescendre. Je me détend.
Je pense à la sage-femme qui nous a appris à décontracter le périnée pendant les contractions. Je décontracte.
Je pense à mon bébé qui a besoin d’être bien oxygéné et qui subi tout ça sans rien pouvoir faire…
On fini par arriver à l’hôpital, après un long trajet de 50 minutes au lieu de 20. Les contractions s’enchainent, elles sont maintenant très fortes et très rapprochées. Toutes les minutes d’après chéri. Je ne regarde pas l’heure, je suis bien trop occupée pour ça. J’ai chaud ! Affreusement chaud. Je suis en sueur, j’ai d’ailleurs jeté mon gilet dans la voiture. Patrice s’arrête près de l’entrée des urgences, il doit être environ 1h du matin.
Il m’aide à sortir de la voiture, à peine debout une contraction arrive, je me suspend à lui. Il pleut, ça me rafraichi, ça fait du bien. La contraction passe, on file à la porte des urgences, un gars qui patiente nous ouvre, nouvelle contraction. Je me suspend à nouveau, je crois que je commence à crier, j’ai mal, et le bébé arrive.
L’aide-soignante arrive et veut que je m’asseye sur un fauteuil roulant. Je refuse, elle insiste, je lui crie que je ne m’assiérais pas, le bébé arrive !
Elle part et reviens avec un brancard. Elle me dit de m’allonger, je refuse à nouveau. Les deux infirmières sont arrivées, Patrice repart à la voiture qu’il a laissé portes ouvertes et moteur tournant.
Je fini par grimper sur le brancard, mais à quatre pattes, je leur fait relever le dossier à fond et je m’accoude dessus. Patrice reviens.
L’aide-soignante, que je n’avais pas vue partir, reviens avec le kit d’accouchement. L’infirmière me reconnait.
Et nous voilà partis à travers les couloirs, elles courent pour m’emmener à la maternité, je crie pendant les contractions, ça fait mal, il arrive, il veut sortir. Je ne crois pas qu’on pourra arriver là-bas. Ça fait du vent, ça fait du bien. Elles ne s’arrêtent pas pendant les contractions, putain que j’ai mal ! Il sort !
On arrive à la maternité, où on nous attend, je crois que le passage de brancard se fait en courant, virage, et salle d’accouchement.
Passez sur la table madame ! NON ! Je ne peux pas, il est là, déshabillez-moi !
C’est la poche des eaux qui sort ! Bon, on reste sur le brancard, allez-y vous pouvez pousser.
Je ne peux pas pousser, j’en suis incapable. De toutes manières il descend tout seul. Il me fait mal, vraiment très très mal, il va tout déchirer, il me fait affreusement mal au rectum ! (autant préciser que je ne l’ai pas dit avec ces mots là !) Je crie encore plus, Patrice pose son bras devant moi, je le mords !
Enfin il est là, tout s’arrête, je suis toujours à genoux sur mon brancard, je vois que la sage-femme met le bébé emmailloté dans les bras de Patrice. Je les regarde, mon homme, mon bébé, et j’ai les larmes aux yeux. C’était l’accouchement parfait, celui que je n’avais même pas osé rêver. Je le dis à Patrice. C’était magique. J’entend quelqu’un dire qu’il est 1h10. 

Je peux enfin passer sur la table d’accouchement. Je m’allonge. Il y a du monde autour de nous ! Deux sages-femmes, deux auxiliaires… Elles discutent, disent que c’est génial. Je les sens émues elles aussi. Mon bébé est né coiffé. C’est une bonne nouvelle, peu de chances d’avoir attrapé mon fameux streptocoque B.
Il faut maintenant sortir le placenta, l’une des sage-femme vient appuyer sur mon ventre, je lui dégage sa main et lui dit que je ne veux pas qu’elle fasse ça, je vais pousser. Je suis un peu vive dans ma façon de dire les choses, c’est que je ne suis pas encore redescendue. Elle me répond que c’est juste pour voir si il est détaché. On attend un peu. Elle recommence plus tard et me donne le feu vert pour pousser. Je m’y prend à plusieurs fois, mais ça marche, le placenta sort. Je demande à le voir. Patrice s’éloigne, il n’est pas friand de ses choses là. C’est beau, une face rouge et rugueuse, une autre presque blanche avec les membranes qui contiennent le bébé. La maison de notre bébé pendant ces 10 derniers mois !
On me donne mon bébé, il pleure, ça a été violent pour lui aussi. Quand il se calme, elles lui font le prélèvement de liquide gastrique en le laissant sur moi. Il ne pleure pas, pose ses yeux grands ouverts sur le monde qui l’entoure. Il dévore maman des yeux, observe papa très attentivement. On me pose un cathéter au cas où.
On nous laisse seuls. Je savoure.
Une des auxiliaires revient changer mes protections. Je saigne pas mal…
Je met mon bébé au sein, il hésite un moment puis fini par le prendre. Là les contractions reviennent, normal avec la tétée. Ça me fait vraiment mal, je souffle et ferme les yeux quand elles arrivent, comme pendant le travail. C’est que c’est intense. Quatrième enfant, il est normal que les tranchées soient plus douloureuses. Je continue de saigner.
Je demande à Patrice de sonner, il faut à nouveau changer mes protections. L’auxiliaire appelle la sage-femme. Il faut voir si il reste quelque chose dans l’utérus parce que je saigne trop. Toilette en bonne et due forme (bonheur… Heureusement que les hormones ne sont pas encore trop descendues, pas trop de pudeur) elles regardent de près, disent qu’il reste des membranes, il faut les faire sortir. Pour ça, pas de miracle, il faut appuyer sur le ventre. Ça fait atrocement mal, elle appuie vraiment très fort ! Je peste, je jure, j’essaye de lui virer ses mains. Finalement je tiens sa main mais la laisse pousser sur mon utérus douloureux. Des membranes sortent, mais pas assez, on recommence. Putain que ça fait mal ! Ça y est, il y avait plein de caillots de sang qui s’étaient formés et qui empêchaient l’utérus de se rétracter. Je suis instantanément soulagée. Mon bébé tète toujours, et les contractions qu’il provoque sont presque sans douleur. Super.
Elle me pose la perfusion de syntocinon, prévue à cet effet. Patrice rentre à la maison passé 4h. Je resterais sous surveillance jusqu’à 8h du matin. Durant tout ce temps j’ai eu mon bébé sur moi en peau à peau. J’ai perdu environ 600ml de sang.

Akio est donc né le 25 avril à 1h10 du matin.

Il pesait 3kg780 pour 53cm.

Pour vous régaler de notre merveille… C’est par ici.